lundi 9 novembre 2009

O brother

Petit frère.


Je t'ai hai, longtemps ou suffisamment bruyamment pour qu'on en parle longtemps chez nous, j'ai la rancune tenace.

J'avais trois ans quand tu as osé m'emprunter mes parents (car c'était décidé, ce ne serait que temporaire, ce serait un emprunt, et les intérêts seraient très chers).

J'ai tempêté, j'ai du hurler, je ne me souviens que de ce qu'on m'a raconté...

Et puis un jour, je ne sais comment, je ne sais même pas quand tu es devenu ce trésor qui était à moi, et que rien ne devait empêcher de briller, et vaguement toujours meilleur que moi, surement sans faille (on ne voit que ce que l'on veut)

J'ai collé des images de foot (je déteste le foot)

J'ai détesté les dimanches matins pluvieux ou les poussins de Trifouillis les oies venaient affronter les poussins de Bribouillis les bœufs.

Tu riais en me faisant répéter des mots d'allemand en sixième, le chiffre 12 (grosso modo pour toi ça donnait "tzbleuf") avait rempli la banquette arrière de la voiture familiale de tes fous rires et de ma mine chiffonnée que tu oses rire de ma science toute neuve

Je n'ai pas partagé beaucoup de choses avec toi, la guitare qui nous a frappés tous les deux au cœur, Villa Lobos, ses études impossibles, le concerto d'Aranjuez, Celso Machado, un stage ou deux, quelques brouilles passagères

J'ai eu des amours difficiles, compliqués, des désarrois profonds, me suis perdue, pas bien retrouvée.

N'ai pas su grand chose de toi. Et tes amours à toi ? Je ne connais que celui qui me vaut une belle soeur, mademoiselle C. aux blondes nattes et petit A. qui grandit

Et puis avoir un frère qui aime le sport, la montagne, le ski, et qui donc n'est pas gros, ça m'ajoutait quelques kilos culpabilité dans le cartable, moi qui m'enveloppait de jours en jours de rondeurs, un millefeuille de graisse pour me protéger le coeur, et un silence qui s'installe, grosse et discrète ...

Tu es emporté parfois, tranché, stressé sans doute, généreux et amoureux c'est sûr.

Un frère, c'est quoi un petit frère ? Un frère ? C'est qui mon petit frère ?

Tu es né c'était hier, et hier que je hurlais, et aujourd'hui ?

Ben aujourd'hui je t'aime petit frère, je te connais tant et si peu... que pour un peu je hurlerais bien encore, juste un peu...

4 commentaires:

Rikko a dit…

Très joli...
Très sensible... (pas très étonnant que ce le fut)

Très chanceux ...
(ben ouais, mon frère et moi on se déteste depuis.... ben depuis toujours ! et comme il était là le premier, c'est lui qu'à commencé !)

Nath - Ze Bouffon of Grumeauland a dit…

Moi j'étais la petite "chieur" de ma grande soeur... enfin... je suis...

Aude a dit…

la petite "chieur" ?

c'est parce que tu es tellement "attachiante"....

;)

Pierre a dit…

Pierrot, fiérot d'être ton p'tit frérot.

Merci.