
J'ai trimballé de déménagement en tri de poussière un carton à dessin, plein de choses dessinées, crayonnées, raturées
A peine esquissées
Sans jamais y retoucher depuis cette école d'art ou j'ai pris tant de plaisir à explorer des matières, des couleurs, à apprivoiser mon regard, et tomber parfois par hasard en plein dessus.
J'ai eu des profs comme partout, des exigeants qui me paralysaient, des gentils passionnés qui ne savaient pas enseigner, des marginaux géniaux qui savait sans s'en rendre compte faire ce que tous les autres cherchaient scolairement à faire : me faire avancer.
De ces profs qu'on croie un peu fou, mais qui dessinent tellement bien que le mot semble trop balbutiant pour eux mais qui ne dessinent pas et vous font faire des tonnes de ...
bouses ?
On rit au départ : quoi, 2 minutes pour une pose ? mais il est barge ?
Et puis on enchaine, on s'acharne sans s'énerver, on trace, feuille après feuille, les mains noires de fusain ou qu'on croirait passées au henné, certains au crayon
Il passe, discret, ce drole de vieux jeune à cheveux long et lunette noire rondes, habillé de cuir, qui a fait grimacer quelques parents bien pensants aux "journées portes ouvertes", derrière vous et glisse trois mots, ou deux.
Toujours le mot juste celui qui vous rend votre sérénité dans la course au dessin parfait, celui qui vous aiguillonne quand vous ne faites que répéter un geste.
Et quand on farfouille en fin d'année parmi les rares croquis qu'on a gardé, on s'aperçoit qu'il y a quelques un qui ont touché de près votre essentiel...
Ils ne sont pas "beaux", pas ressemblants...
Mais cette femme un peu bizarre là au dessus, un peu insectoïde, ça me ressemble tellement..
Une femme larvée, chrysalide, voyez comme je suis dedans entière et juste : complètement enfermée dans mon corps, et à la fois pas vraiment définie... une ombre de regard absent qui vous interroge.
Et l'autre dessin si différent est aussi un fil de ma dentelle, une épure fine, désinvolte, si légère, tout ce que je voudrais être
De tous ces dessins, peu ont survécu, ils ont suivi curieusement la même route que moi, je les ai abandonnés, ils ont pourri, se sont empoussiérés l'âme, j'ai jeté la plupart des rescapés avec une boule dans la gorge, pensant que jamais je n'arriverais à redessiner comme ça.
D'autres étaient trop dégradés pour que je puisse meme les scanner... je regrette ce croquis au fusain sur craft d'une femme/enfant un peu androgyne qui gisait là, trop pale.
J'y avais collé quelques mots de Bobin extraits d'"Une petite robe de fête" , quelque chose comme "son suicide était plus que réussi comme tous les suicide ratés, elle y avait perdu plus que la vie"
Un dessin qui provoquait un peu dans un book, qui montrait délibérément un désespoir latent et insondable, je crois même qu'il en était la première page
Une claque d'entrée, un droit d'entrée vers des choses plus "jolies"...



3 commentaires:
J'aime beaucoup le "suggéré" du deuxième croquis.
(moi aussi)
Bonjour,
Tant de souvenir de cours de nu à l'école où quand ta prof te signale que pendant 15 jours tu dois étudier les statuts grecs pour ton prochain cours - toi toute excitée "Ouah on va avoir enfin un canon MEC" et quand il arrive tu ne peux constater que ton apollon tant promis il était il y a 20 ans et que ses jolies tablettes de chocolat rêvée pendant tes nuits de jeunes filles se sont transformées en brioches !!! ouiin !!!
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